Sumário
Carta de Sulpice Gaubier de Barrault ao conde de Oeiras, D. Henrique, filho do Marquês de Pombal (7 de Fevereiro de 1771)
Ano
1771
Biblioteca/Arquivo
Biblioteca Nacional de Portugal
Cota
Res., Pombalina cód. 619, ff. 335-336 ( F. 3657)
Menções
Mário Moreau, Cantores de Ópera Portugueses 1, Lisboa, Bertrand, 1981, p 65-66.; Laureano Carreira, O teatro e a censura em Portugal na segunda metade do século XVIII, Lisboa, Imprensa Nacional,1988, p.459-461; Manuel Carlos de Brito, Opera in Portugal in the eighteenth century, Cambridge University Press, 1989, pp. 87-88; 179-180; Rui Vieira Nery

Monsieur le Comte-Président

J’étais si fatigué hier du bal de la nuit que je n’ai eu ni la force ni  le courage d’écrire a Votre Excellence; j’avois justement passé  une partie de l’après midi qui preceda le bal a l’etude d’un ouvrage  qu’on m’avoit remis, d’un style fort serré et difficile a comprendre.  Je sortis vers les trois heures du matin de l’assemblée qui fut nombreuse  et gaie* et n’ayant point envie de dormir, je me remis au travail  jusqu’a huit heures que comprenant deja l’oeuvre en partie, mais voiant qu’il etoit impossible de le penetrer et de l’approfondir sans plus / d’etude et de patience, je laissai la besogne pour une autre fois et je sortis pour aller chez Anselmo da cruz qui me remit, on ne [peut] pas plus honnetement, le tabac pour lequel je lui avois demandé une permission. De la je fus voir un moment Madame May qui s’était  trouvé mal au bal et je dinai chez Madamee de Leibzeltern. Le soir je fus au Bairro Alto où l'on nous donna la burlette nouvelle intitulée Le Beiglierbey de Caramanie. C'est le plus joli opéra bouffon que j'ai jamais entendu. La musique en est charmante et dans un goût nouveau. Scolari a eu l'adresse de tirer tout le parti possible de tous les acteurs et a doublé leurs talents par l'art qu'il a eu de les développer et de proportionner sa musique à la qualité et à l'étendue de leurs organes. Chacun d'eux se trouve dans son cadre. Louise 'a jamais chanté si juste ni avec autant de voix. Maria Joaquina a deux très beaux airs qu'elle exécute bien. Trebbi est un très beau Turc. Calcini, premier eunuque, s'est habillé de façon qu'il ressemble un

 

 

 

 

*Je n’ai jamais vu Mademoiselle Charlotte Die si jolie et si bien mise, ni si galamment coiffée. Elle avait la fraîcheur de Flore, la jeunesse d’Hébé et les grâces de l’Amour. Que je sais bon gré a Gilde mestre qui faisait les honneurs de m’avoir ménagé le plaisir de danser un mouvement avec Elle!


vieux châtré réformé de la Patriarcale; il chanta entre autres un air qui est unique dans son genre. Cécile en turc est passable. Isabelle a deux ariettes légères dont elle se tire fort joliment, mais Louise a dans le second acte une ariette qui est magnifique et qu'elle a chanté supérieurement. Nous sommes privés dans cet opéra du plaisir d’entendre Mademoiselle Bruza. Les finales sont pleines, harmonieuses, bien coupées, enfin tout a plu dans cet opéra, jusqu'à Pedro. Aussi 'ai-je jamais rien vu de si bien reçu. Car le public non content d'applaudir les acteurs redoublait ses battements de mains a chaque beau morceau de l'ouvrage en criant vivat maestre Scolari.

Je suis bien fâché que Votre Excellence ne puisse pas voir cette jolie bourlette et d'être privé aussi moi-même par l'assemblée et le souper de Madame de Clermont du plaisir d'y aller ce soir. Vendredi je ne sais si j'irai, ayant promis a Madame de Leibzeltern d'aller à la Comédie Italienne voir le nouvel Arlequin et voir aussi la toute petite Napolitaine danser un menuet en homme avec la fille de la Smeraldini. Elle l'a dansé dernièrement et on dit qu'elle s'en acquitte parfaitement bien. La Augusta était y hier a la mort et sans esperance d’une inflamation de matrice dont elle souffre depuis dix jours.
Monsieur le Comte-President

Votre très humble et très obéissant serviteur
Gaubier de Barrault


Ajuda, ce jeudi, 7 de février

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Monsieur le Comte-Président

 

J’etois si fatigué hier du bal de la nuit que je n’ai eu ni la force ni

le courage d’écrire a Votre Excellence; j’avois justement passé

une partie de l’après midi qui preceda le bal a l’etude d’un ouvrage

qu’on m’avoit remis, d’un style fort serré et difficile a comprendre.

Je sortis vers les trois heures du matin de l’assemblée qui fut nombreuse

et gaie* et n’ayant point envie de dormir, je me remis au travail

jusqu’a huit heures que comprenant deja l’oeuvre en partie, mais voiant

qu’il etoit impossible de le penetrer et de l’approfondir sans plus

d’etude et de patience, je laissai la besogne pour une autre fois

et je sortis pour aller chez Anselmo da cruz qui me remit, on ne

pas plus honnetement le tabac pour lequel je lui avois demandé

une permission. De la je fus voir un moment Mde May qui s’etoit

trouvé mal au bal et je dinai chez Mde de Leibzeltern. Le

soir je fus au Bairro-alto ou l’on donna la Burlette nouvelle

intitulée le Beglierbey de Caramanie. C’est le plus joli opera

bouffon que j’ai jamais entendu. La musique en est charmante et

dans un gout nouveau. Scolari a eu l’addresse de tirer tout le

parti de tous les acteurs, et a doublé leurs talents par l’art

qu’il a eu de les developper et de proportionner la musique a la qualité

et l’etendue de leurs organes. Chacun d’eux se trouve dans son quadre:

Louise n’a jamais chanté si juste ni avec autant de voix, Maria Joaquina

a deux tres beaux airs qu’elle executent bien. Trébi est un tres beau

Turc. Calcini premier Eunuque s’est habillé de façon qu’il ressemble un

 

 

 

 

 

*Je n’ai jamais vu Mlle Charlotte Die si jolie et si bien mise, ni si galamment coiffée. Elle avoit la

fraicheur de Flore, la jeunesse d’Hébé et les graces de l’amour. Que je sais bon gré a Gildemestre qui faisoit les

honneurs de m’avoir menagé le plaisir de danser un mouvement avec Elle!


vieux chatré reformé de la Patriarcale, il chante entre autres un air qui

est unique dans son genre. Cécile en Turc est passable. Isabelle a deux

ariettes légeres don’t Elle se tire fort joliment, mais Louise a dans le Second

acte une ariette qui est magnifique et qu’elle a chanté superieurement.

Nous sommes privés dans cet opera du plaisir d’entendre Mlle Bruza.

Les finales sont pleines, harmonieuses, bien coupées, enfin tout

a plû dans cet opera, jusqu’a Pedro. Aussi n’ai je jamais rien vu de si bien reçu;

Car le public non content d’applaudir les acteurs redoubloit ses battements de mains

a chaque bon morceau de l’ouvrage en criant Vivat Maestro Scolari.

Je suis bien faché que V.E. ne puisse pas voir cette jolie bourlette, et

d’etre privé aussi moi-même par l’assemblée et le souper de Mde de

Clermont du plaisir d’y aller ce soir. Vendredi je ne sais si j’irai, ayant

promis a Mde de Leibzeltern d’aller a la Comedie italienne voir le nouvel

Arlequin; et de voir aussi la toute petite Napolitaine danser un menuet

en homme avec la fille de la Smeraldini. Elle l’a dansé dernierement

et on dit qu’Elle s’en acquitte parfaitement bien. La Augusta etoit
y hier a la mort et sans esperance d’une inflamation de Matrice
dont elle souffre depuis dix jours.


                                               
Monsieur le Comte-President

Votre très humble et tres
 ajuda ce jeudi; 7 de fevrier         obéissant serviteur
                                                      Gaubier de Barrault

Senhor Conde-PresidenteO baile da noite de ontem deixou-me tão fatigado que não tive nem força nem coragem para escrever a V. Exª. Tinha justamente passado uma parte da tarde anterior ao baile a estudar uma obra que me tinham enviado, de um estilo bastante denso e difícil de compreender. Saí por volta das três da manhã da assembleia, que foi numerosa e alegre* , e não tendo vontade nenhuma de dormir pus-me de novo ao trabalho até às oito da manhã, altura em que, compreendendo já em parte a obra mas vendo que era impossível penetrar nela e aprofundá-la sem mais estudo e mais paciência, deixei a tarefa para uma outra vez e fui a casa de Anselmo da Cruz, que me entregou, de uma forma que não poderia ser mais honesta, o tabaco para o qual lhe tinha pedido permissão. Daí fui ver por um momento a Senhora May, que se tinha sentido mal no baile, e jantei em casa da Senhora de Lebzeltern. À noite fui ao Bairro Alto, onde apresentaram a burleta intitulada Le Beiglierbey de Caramanie. É a ópera buffa mais bonita que já ouvi. A sua música é encantadora e escrita num gosto novo. Scolari teve a habilidade de tirar todo o partido de todos os actores, e duplicou-lhes os talentos através da arte que teve de lhos desenvolver e de adequar a música à qualidade e à extensão dos seus órgãos. Cada um deles está no seu ambiente. Luísa  nunca cantou tão afinada e com tanta voz. Maria Joaquina tem duas bonitas árias, que executa bem.  Trebbi faz um belo Turco. Calcina, o primeiro eunuco, vestiu-se de tal maneira que parece um

 

 

*Nunca vi a Menina Charlotte Die tão bonita e tão bem arranjada , e penteada de forma tão galante. Tinha a frescura de Flora, a juventude de Hebe e as graças do Amor. Como estou grato a Gildemeester, que fazia as honras da casa, por ter conseguido proporcionar-me o prazer de dançar um andamento com ela!


velho castrado reformado da Patriarcal e canta entre outras uma ária que é única no seu género. Cecília  é tolerável como Turco. Isabel tem duas arietas ligeiras de que se sai lindamente, mas Luísa tem no Segundo Acto uma arieta que é magnífica e que ela cantou superiormente. Estivemos privados nesta ópera do prazer de ouvirmos a Menina  Brusa. Os finais são cheios, harmoniosos, bem estruturados, enfim, tudo agradou nesta ópera, até mesmo Pedro . Também nunca vi nada tão bem acolhido, porque o público, não contente com aplaudir os actores, redobrava as palmas a cada bom número da obra, gritando: “Viva o Maestro Scolari!”. Tenho muita pena de que V. Exª não possa ver esta burleta, e de eu próprio estar também privado pela assembleia e pela ceia da Senhora de Clermont do prazer de lá ir esta noite. Não sei se irei na Sexta-Feira, porque prometi à Senhora de Lebzeltern ir ver à Comédia Italiana o novo Arlequim e ver também a napolitana pequenina dançar o minuete, vestida de homem, com a filha da Smeraldini. Ela tem-no dançado ultimamente e dizem que se sai dele perfeitamente bem. A Augusta lá estava ontem à morte e sem esperança, de uma inflamação da matriz de que sofre há dez dias.


De Vossa Excelência, Senhor Conde-Presidente, vosso muito humilde e muito obediente servidor,

Gaubier de Barrault

 

Ajuda, nesta Quinta-feira, 7 de Fevereiro